N° 25, "À la recherche d’un sujet révolutionnaire"

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On observe partout dans le monde de multiples contestations de l’ordre économique globalisé et quelques expériences d’organisation alternative qui parviennent à atteindre une certaine importance et à s’inscrire dans une certaine durée. Ainsi, sur les cinq continents, des mouvements paysans, se revendiquant ou non d’une tradition indigène précoloniale, cherchent à se réapproprier des terres pour y développer une agriculture de subsistance, respectueuse des hommes et de l’environnement. Dans les autres secteurs de la production, une telle mise en question reste minime (pour des raisons qu’il serait utile de comprendre finement) mais elle est effectuée, de l’extérieur et de manière théorique, par les tenants de la décroissance et de la simplicité volontaire. À côté de cela, une opposition politique aux instances dirigeantes mondiales (entreprises multinationales et gouvernements supranationaux) s’exprime dans les manifestations anti-mondialisation et dans les contre-sommets, et de multiples mouvements de désobéissance civile contestent les lois nationales liberticides, xénophobes, coloniales. Des insurrections spontanées embrasent des villes et des banlieues, dont on peut identifier les facteurs déclenchants mais dont on ne perçoit pas encore les devenirs et les débouchés futurs.

Jusqu’à présent, malgré de fréquents appels à l’unification des luttes, ces initiatives sont restées locales et fragmentaires. Cependant, les acteurs qui y sont engagés et les observateurs qui les encouragent sont de plus en plus conscients de la similitude de leurs motivations et, jusqu’à un certain point, de leurs buts. Est-il permis dès lors d’espérer que se constitue progressivement, à un niveau international, un nouveau « sujet révolutionnaire », comparable à ce qu’a pu représenter la classe ouvrière au XIXe siècle ?

L’expression elle-même ne va pas sans poser quelques questions : faut-il parler de « sujet » ou plutôt de « subjectivation » ? Qui peut-on considérer comme « sujet » : des individus, des collectifs, des sociétés ? D’autre part, peut-on dire qu’un sujet est « révolutionnaire » avant d’être dans l’action révolutionnaire, ce qui est totalement imprévisible ? Dans ce cas, peut-être serait-il préférable de parler de « sujets émancipateurs », étant entendu qu’il existe différentes conceptions de l’émancipation et différents moyens d’y parvenir. Au-delà des mots, la question est claire : assiste-t-on à l’émergence d’une quantité significative de forces capables de remplacer le système économique et politique global par un ou plusieurs autres, qui seraient viables, égalitaires et épanouissants pour l’ensemble des êtres humains ? Sans prétendre prédire l’avenir, nous souhaitons évaluer le potentiel de ces diverses alternatives et les moyens que nous pourrions nous donner pour les renforcer. Évaluer aussi certaines théories géopolitiques comme la proposition de Michael Hardt et Toni Negri de voir dans les « multitudes » une réponse adéquate au nouveau type d’oppression de l’ « Empire ». Enfin, s’interroger sur les raisons du si petit nombre de révoltes, alors que chaque être humain porte en lui tant de potentialités qui sont empêchées de se réaliser : comment lutter contre l’imaginaire aliéné, contre le fatalisme et la soumission ?